Un symbole du Japon sous pression
Les onsen, ces sources chaudes naturelles typiques du Japon, sont depuis toujours un pilier de la culture du bien-être nippon. Appréciés pour leurs vertus relaxantes et leur beauté, ils attirent chaque année des millions de visiteurs, japonais comme étrangers. Mais cette affluence croissante menace désormais l’équilibre même de ces lieux ancestraux.
Ureshino : la pénurie frappe une ville emblématique de Kyushu
La situation est particulièrement préoccupante à Ureshino, dans la préfecture de Saga sur l’île de Kyushu. Célèbre pour ses eaux alcalines réputées bénéfiques pour la peau, cette station thermale voit sa nappe phréatique s’épuiser. En 2023, selon la NHK, le niveau d’eau a chuté à 39,6 mètres, soit une baisse de 20 % en seulement quatre ans.
La cause ? Une surchauffe touristique, avec un afflux massif de voyageurs internationaux. Les bains privatifs des hôtels, très prisés par les visiteurs étrangers peu habitués aux bains publics japonais, sont pointés du doigt. Le maire Daisuke Murakami a d’ailleurs demandé aux établissements de restreindre l’accès aux bains privés la nuit pour soulager les ressources.
Niseko : une autre station impactée à Hokkaido
Le phénomène n’est pas isolé. À Niseko, haut lieu du tourisme hivernal à Hokkaido, la prolifération des infrastructures hôtelières et des spas a entraîné une baisse de 15 mètres du niveau des sources en seulement trois ans.
À cela s’ajoutent des problèmes d’infrastructures vieillissantes, comme le souligne Akihiro Otsuka, chercheur à l’institut Chuo Onsen. Des canalisations corrodées et des systèmes de pompage obsolètes engendrent des pertes d’eau inutiles dans de nombreuses stations.
Ginzan Onsen et la régulation touristique
Certaines villes thermales prennent des mesures concrètes. À Ginzan Onsen, dans la préfecture de Yamagata, l’accès aux bains est désormais réservé aux clients des hébergements locaux pendant les périodes de forte affluence. Cette mesure vise à protéger les ressources et à préserver la tranquillité des habitants.
Une problématique mondiale : le surtourisme en question
Le cas des onsen japonais illustre une problématique globale : celle du surtourisme, qui affecte aujourd’hui de nombreux sites naturels et culturels à travers le monde. De Venise au Machu Picchu, en passant par les plages de Thaïlande ou le Blue Lagoon en Islande, la pression touristique oblige les autorités à repenser les accès, les quotas et la gestion des flux.
Au Japon, la question se pose avec acuité : comment préserver les trésors thermaux du pays tout en continuant à accueillir des visiteurs du monde entier ? L’équilibre entre hospitalité, durabilité et patrimoine est plus que jamais au cœur des débats.