Chaque printemps, dans la ville de Kawasaki, à une demi-heure au sud de Tokyo, se déroule l’un des festivals les plus insolites du Japon : le Kanamara Matsuri, littéralement « festival du pénis de métal ». Si ce nom prête souvent à sourire, il ne faut pas s’arrêter à sa dimension humoristique ou provocatrice. Le Kanamara Matsuri est avant tout une fête traditionnelle shintoïste liée à la fertilité, à la protection contre les maladies et à la célébration de la vie.
Ce festival se tient chaque année le premier dimanche d’avril au sanctuaire Kanayama, un petit lieu de culte discret le reste de l’année. Ce sanctuaire est dédié aux divinités Kanayama-hiko et Kanayama-hime, protecteurs des forgerons, des naissances, et de la santé reproductive. On y prie pour des accouchements sans complication, des mariages heureux, ou encore pour la guérison des maladies vénériennes.
Le Kanamara Matsuri aurait pris son essor à l’époque d’Edo (1603–1868), à une époque où les prostituées venaient prier pour leur santé dans ce sanctuaire. La légende raconte aussi qu’un démon s’était réfugié dans le sexe d’une jeune femme, castrant deux mariés successifs. Pour s’en débarrasser, la jeune femme demanda à un forgeron de lui fabriquer un phallus en métal, qui brisa les dents du démon lors de la nuit de noces suivante. C’est cet objet — le pénis de fer — qui aurait donné son nom au sanctuaire et inspiré le festival.
Aujourd’hui, le Kanamara Matsuri est devenu un événement haut en couleur, mêlant croyances anciennes, humour populaire, et festivités modernes. Le moment fort du festival est la parade de trois mikoshi (sanctuaires portatifs) contenant chacun un grand phallus sacré :
- l’un en bois sculpté,
- un autre en fer forgé,
- et le plus célèbre, le Kanamara Boat Mikoshi, un grand phallus rose vif, porté par des personnes travesties ou en tenues exubérantes.
Les rues se remplissent de rires, de musiques traditionnelles, de danses, et de touristes intrigués. On y trouve de nombreux objets en forme de phallus : bonbons, bougies, sculptures, déguisements, et autres souvenirs étonnants. Mais malgré son apparence parfois grivoise, l’ambiance reste toujours respectueuse et bon enfant.
Le festival a aussi pris une dimension caritative et éducative : une partie des fonds récoltés est reversée à des associations de lutte contre le VIH/Sida et de sensibilisation à la santé sexuelle. Cela renforce l’idée que le Kanamara Matsuri, loin d’être une simple provocation, est aussi une célébration de la sexualité sans tabou, dans un cadre culturel et spirituel.
Participer au Kanamara Matsuri, c’est vivre un moment unique du calendrier japonais, entre rire, tradition, spiritualité et modernité. Ce festival rappelle que dans la culture japonaise, la sexualité et le sacré ne sont pas incompatibles, et que l’humour peut être une voie d’expression du respect et de la vie.