Un nouveau modèle de catastrophe : le scénario « demi-faille »
Le gouvernement japonais a publié une nouvelle estimation des dégâts potentiels en cas de séisme partiel dans la zone du Nankai Trough, vaste faille sismique au sud de l’archipel. Ce scénario, baptisé « demi-faille » (半割れ), envisage une rupture de seulement l’une des deux moitiés de la zone : soit la partie est, soit la partie ouest.
Jusqu’ici, les modèles officiels ne prenaient en compte qu’un séisme total de magnitude 9 impliquant toute la zone. Cette nouvelle approche offre une vision plus réaliste et progressive des risques, bien que les dégâts estimés restent d’une ampleur considérable.
Des pertes humaines massives, même avec un séisme partiel
En cas de séisme sur la moitié est de la faille :
- 73 000 morts estimés,
- Dont 29 000 par tsunami,
- 38 000 par effondrement de bâtiments,
- Et près de 5 000 par incendie.
En cas de rupture de la moitié ouest :
- 103 000 morts,
- Dont 66 000 par tsunami,
- 33 000 par effondrement,
- Et 4 000 par incendie.
Le nombre total de bâtiments entièrement détruits ou brûlés pourrait atteindre plus de 2,2 millions, un chiffre proche des pires scénarios précédents.
Le pire : deux séismes successifs, comme dans l’histoire
L’un des scénarios les plus inquiétants envisagés est celui de deux séismes espacés dans le temps, affectant l’est puis l’ouest (ou inversement). C’est ce qui s’est produit par le passé :
- En 1854, deux tremblements de terre ont eu lieu à 32 heures d’intervalle.
- En 1944 et 1946, deux séismes similaires ont été séparés par deux ans.
Si une seconde secousse se produisait avant la fin des secours et des réparations du premier séisme, les dégâts seraient démultipliés.
L’évacuation préventive, une stratégie efficace
Le gouvernement a modélisé l’efficacité d’une évacuation préventive en cas d’alerte. Résultat :
- Si les habitants de zones à risque sont évacués à temps, le nombre de morts par tsunami pourrait chuter de 73 000 à seulement 700 à l’est, et de 66 000 à 10 à l’ouest.
- Même une simple évacuation rapide post-séisme permettrait de réduire le nombre de victimes de moitié.
Un appel à ne pas céder au fatalisme
Pour le professeur Takashi Sugiyama (Université de Kyushu), cette nouvelle modélisation est un outil précieux :
« Ce modèle plus réaliste peut aider la société à se préparer sans sombrer dans le fatalisme. Même en cas de grande catastrophe, des moyens existent pour sauver des vies. »
Il invite à ne pas se focaliser sur les chiffres, mais à s’en servir comme base d’action concrète, pour améliorer la préparation communautaire, les infrastructures et les protocoles d’évacuation.