À Okinawa, au sud du Japon, les autorités locales et les forces américaines viennent de lancer une initiative inédite : une patrouille conjointe destinée à surveiller les quartiers les plus fréquentés par les soldats américains. Cette mesure intervient dans un climat de forte tension, après plusieurs agressions sexuelles impliquant des militaires des bases américaines installées sur l’archipel.
Proposée par le commandant des bases américaines à Okinawa, cette patrouille réunit policiers japonais et policiers militaires américains. Elle se concentrera en particulier sur les abords de la base aérienne de Kadena, l’une des plus vastes installations de l’armée américaine en dehors du territoire des États-Unis.
Pour le général Roger Turner, cette coopération vise à restaurer un climat de confiance avec la population locale, régulièrement irritée par les comportements de certains soldats. Le haut gradé américain a rappelé que sécurité et confiance étaient des éléments essentiels pour garantir la pérennité du traité de sécurité qui lie le Japon et les États-Unis depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale.
Okinawa abrite près des deux tiers des 54 000 soldats américains stationnés au Japon. La présence militaire y est perçue depuis longtemps comme un fardeau par de nombreux habitants, confrontés à des incidents réguliers allant de simples troubles à l’ordre public à des faits beaucoup plus graves, comme des agressions sexuelles.
L’histoire de l’archipel est marquée par un épisode traumatisant : en 1995, le viol d’une fillette de 12 ans par trois soldats américains avait failli remettre en cause l’ensemble du dispositif de défense nippo-américain. Trente ans plus tard, les tensions restent vives, d’autant que les soldats américains bénéficient encore d’une forme d’immunité judiciaire. Les autorités militaires américaines peuvent en effet refuser de remettre un soldat à la police japonaise tant qu’il n’a pas été formellement inculpé.
Face à cette situation, le Premier ministre japonais Shigeru Ishiba a exprimé son souhait de réformer les règles encadrant le traitement des crimes commis par des militaires américains au Japon. Le chef du gouvernement veut mettre fin à cette semi-immunité qui alimente le ressentiment de la population d’Okinawa.
Cette nouvelle patrouille conjointe illustre les efforts du Japon pour concilier la nécessité de maintenir son alliance stratégique avec les États-Unis et l’exigence de respect et de sécurité des habitants de ses territoires les plus exposés. Un équilibre fragile, alors que les tensions en Asie de l’Est, alimentées par la Chine, la Corée du Nord et la Russie, rappellent chaque jour au Japon l’importance de son partenariat militaire avec Washington.