Une attaque terroriste sans précédent dans le métro de Tokyo
Le 20 mars 1995, le Japon a été frappé par l’un des événements les plus sombres de son histoire moderne. En pleine heure de pointe, des membres de la secte Aum Shinrikyō ont répandu du gaz sarin, un puissant neurotoxique, dans cinq rames du métro de Tokyo.
Le bilan est lourd : 13 morts et plus de 6 300 blessés, dont beaucoup garderont des séquelles à vie. Cet attentat a profondément ébranlé le pays, mettant fin à cinquante ans de paix intérieure depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale.
Une mise en scène morbide dans les stations stratégiques
À 7h48, des hommes masqués ont pénétré dans les wagons bondés. D’un geste furtif, ils ont percé des poches contenant le gaz avec des pointes de parapluie, puis ont quitté les lieux. En quelques secondes, l’air est devenu irrespirable. Les passagers toussaient, vomissaient, certains s’écroulaient au sol en sang.
L’une des cibles principales était la station Kasumigaseki, qui dessert plusieurs ministères, dont ceux de l’Intérieur et des Affaires étrangères. Le choix de ces lieux souligne la portée politique de l’attaque.
Une réaction tardive des secours
Face à l’ampleur de l’attaque, la réponse des autorités fut lente. Les Forces d’autodéfense japonaises (JSDF) ne sont intervenues qu’en début d’après-midi. Les services d’urgence, débordés, n’ont compris la nature de l’arme utilisée qu’en suivant la télévision : du gaz sarin, un poison 500 fois plus toxique que le cyanure, développé à l’origine par les nazis.
Aum Shinrikyō : une secte entre mysticisme et apocalypse
Derrière cet acte se cache Aum Shinrikyō (« La Vérité Suprême »), une secte fondée dans les années 1980 par Shoko Asahara, un gourou aveugle se prétendant prophète doté de pouvoirs surnaturels. À son apogée, Aum rassemblait près de 10 000 membres, dont des scientifiques, médecins et avocats.
Asahara prophétisait un Armageddon imminent, dont seuls les adeptes survivraient. Lorsque cette apocalypse tarda à venir, il décida de précipiter la fin du monde lui-même.
Une machine bien rodée
La secte n’était pas seulement une communauté mystique : elle disposait de laboratoires, d’armes chimiques, et même d’un manga à l’effigie du gourou. Elle planifiait depuis plusieurs années des attaques et des expérimentations. Des cas de meurtres, de disparitions inquiétantes et de tentatives d’assassinat ont précédé l’attentat de Tokyo.
Résistance, traque et justice
L’un des visages de la résistance contre la secte fut Taro Takimoto, avocat et militant anti-secte, qui survécut à une tentative d’assassinat à l’aide de gaz sarin en 1994, perpétrée par une jeune adepte d’Asahara.
L’arrestation du gourou eut lieu peu après l’attentat. Il fut condamné à mort en 2004, puis exécuté le 6 juillet 2018, en même temps que six de ses principaux lieutenants.
Haruki Murakami : mémoire des victimes
L’écrivain Haruki Murakami joua un rôle central dans le travail de mémoire. Dès 1997, il recueillit les témoignages de 62 victimes et d’anciens membres de la secte dans son livre Underground. À travers ces récits, il rend compte du traumatisme national causé par cet acte de terreur.
“Le simple fait de marcher me fait peur désormais”, confiait Tomoko Takatsuki, âgée de 26 ans au moment des faits.
“Dans mes cauchemars, des centaines de corps étaient allongés par terre”, se souvenait Kiyoka Izumi.